Ève Blais, Direction régionale de santé publique
Dr Paul Le Guerrier, Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique de l’Université de Montréal
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On l’attend avec beaucoup d’impatience, ce fameux vaccin qui nous permettra de reprendre une vie presque normale! Depuis quelques semaines, des nouvelles encourageantes émergent. À titre d’exemple, les compagnies pharmaceutiques Pfizer et Moderna font, en effet, état de résultats impressionnants.
Les tests réalisés par la compagnie Moderna démontrent une efficacité de l’ordre de 94,5 % pour leur vaccin, et ce, même pour les personnes âgées et vulnérables, généralement moins réceptives. En comparaison, lorsque le vaccin pour l’influenza atteint 60 % d’efficacité, on le qualifie de très satisfaisant.
La compagnie Pfizer, quant à elle, établit à 95 % l’efficacité de son vaccin qui protégera contre les formes graves de la COVID-19. Une efficacité également démontrée pour les personnes âgées et vulnérables.
Deux doses requises
Pour atteindre leur pleine efficacité, ces vaccins doivent être administrés en deux doses distinctes. Est-on « un peu » immunisé après la première dose? Oui, mais la protection offerte n’est pas optimale et, surtout, elle est souvent de courte durée. Une deuxième dose permet d’augmenter la protection et la durée de l’immunisation. C’est d’ailleurs le cas pour beaucoup de vaccins actuellement utilisés. Notons que dans le cas du vaccin de Moderna, la deuxième dose doit avoir lieu 21 jours suivant la première, et 28 jours dans le cas de Pfizer.
Comment a-t-on pu produire ces vaccins si rapidement?
Ces deux vaccins utilisent de l’ARN (acide ribonucléique) pour stimuler la réponse immunitaire. L’ARN est, comme l’ADN, une molécule qui contient de l’information génétique. Elle sert de messager en recopiant la recette de l’ADN pour commander la production des protéines.
Un vaccin apprend au système immunitaire à reconnaître un microbe, pour qu’il sache par la suite le neutraliser avec des anticorps. On peut, par exemple, inoculer une version affaiblie d’un virus, mais aussi simplement les protéines situées à sa surface, puisque ce sont elles qui font réagir le système immunitaire.
Avec un vaccin constitué d’une partie de l’ARN du virus, on peut donc lancer directement dans notre corps la production de la protéine qui va stimuler l’immunité. Ce processus permet de « sauter » des étapes traditionnelles de la fabrication de vaccin (multiplications d’un agent biologique, purification de la protéine désirée, standardisation de la dose).
Ce type de vaccin est considéré comme très prometteur parce qu’il est beaucoup plus facile, rapide et sécuritaire à produire que ceux faits de protéines ou de virus atténués.
Dangereux, ces vaccins?
De nombreuses personnes craignent que ces vaccins puissent induire des maladies auto-immunes, voire modifier notre patrimoine génétique. Une précision s’impose : ce sont des produits immunisants issus du génie génétique, mais ce ne sont pas des organismes génétiquement modifiés. Que faut-il en penser?
Il est strictement impossible que l’ARN d’un vaccin change nos gènes : d’une part, l’ARN ne pénètre pas dans les noyaux des cellules où se trouve l’ADN ; d’autre part, il est très vite dégradé par les cellules. Jusqu’à présent, les essais cliniques, qui ont porté sur des milliers de personnes, sont très rassurants : on a trouvé que les vaccins à ARN n’entraînent pas de réactions indésirables sérieuses.
Même si leur développement est plus rapide et que la situation est urgente, ces nouveaux vaccins doivent répondre en tout point aux exigences règlementaires canadiennes. Le Canada s’est d’ailleurs doté de mécanismes rigoureux permettant d’assurer que les vaccins qui sont autorisés à être administrés sont très sécuritaire.
Merci au Dr Paul Le Guerrier d’avoir éclairé notre lanterne sur un sujet aussi important en partageant si généreusement avec nous ses connaissances.
Quelques chiffres en rafale :
- 10 à 15 ans : temps moyen normalement requis pour la commercialisation d’un vaccin
- Plus de 200 vaccins en développement
- 6 déjà utilisés de façon limitée malgré certaines étapes non complétées (Chine, Russie)
- 13 vaccins en phase 3
- 7 ententes signées par le Canada pour l’achat de vaccins
- 2 vaccins de type « RNA messager » qui présentent un haut taux d’efficacité vaccinale.
4 commentaires
Article bien vulgarisé et intéressant. Merci!
Bravo et merci pour cette capsule informative claire et précise. Plusieurs personnes se questionnent à ce sujet et il est de notre responsabilité de les informer et rassurer!
Bonjour, et les personnes qui ont déjà des maladies auto immunes. Le vaccin va-t-il fonctionner ? Va-t-il les protéger ?
Bonjour,
Merci d’avoir pris le temps de nous écrire. Il est tout à fait normal de poser ce genre de questions auxquelles nous n’avons pas encore de réponses. Il faut attendre l’information officielle du gouvernement.
Bonne journée.