La rédaction
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Les médias ont récemment abordé le sujet du protocole de priorisation des patents du MSSS, alors que les lits d’hospitalisation et des soins intensifs sont le nerf de la guerre en période de pandémie. Le protocole est peu connu de la population.
Le rendez-vous du CCSMTL a parlé à Any Brouillette, conseillère en éthique, et au Dr Jean-François Thibert, directeur adjoint des services professionnels au CCSMTL, qui ont accepté de nous accorder une entrevue. Leurs réponses éclairantes nous aideront à mieux comprendre en quoi consiste le protocole de priorisation des patients de même que la réflexion qui a mené à son élaboration.
Nous les remercions d’avoir accepté et pris le temps de répondre à nos questions en ce contexte particulier, alors qu’ils sont très sollicités.
Diane LeBel (RDV) : De façon concrète et vulgarisée, qu’est-ce que le protocole de priorisation des patients?
Any Brouillette : Le protocole de priorisation des patients est un document qui veut assurer une justice procédurale dans la façon de prioriser des patients si on se rendait au point où nos infrastructures en santé ne pouvaient plus fournir. L’idée derrière ça est de s’assurer que les usagers visés vont tous être évalués de la même façon, avec des critères cliniques reconnus, qui devraient assurer qu’il n’y a pas de biais ou de discrimination pour que tout le monde soit évalué au même titre. Ce protocole assure, justement, que les critères cliniques soient reconnus, que l’on se base sur les meilleures pratiques et sur les données probantes, pour évaluer les usagers qui ont le plus de chances de s’en sortir, de façon à optimiser l’utilisation de nos ressources, contrairement à habituellement où on évalue chaque patient séparément. Là, on essaie d’évaluer tout le pool de patients pour optimiser nos ressources.
Dr Thibert : Au-delà de la définition, c’est un peu comme une recette, où, pour éviter de se retrouver dans une situation où on improvise, en situation de manque de ressources, on a une procédure très claire à suivre. En Italie, au printemps, par exemple, ils n’ont pas eu le temps de se préparer pour ce genre de situation où, justement, il n’y avait plus de place aux soins intensifs. L’idée est de prioriser les patients, tout en le faisant dans un contexte où on s’assure quand même de donner des soins – on a pensé à ceux qui ne pourraient pas obtenir, peut-être, une place aux soins intensifs. Donc, c’est une façon de faire qui met un cadre, mais aussi avec laquelle on s’assure que tout le monde va être traité peu importe le résultat de la priorisation, que le processus va être juste, transparent et ouvert. C’est aussi un outil d’aide aux équipes; c’est une forme de garantie que l’on ne se retrouvera pas à improviser, à ne pas faire les bons choix et que, dans le feu de l’action, si on se retrouvait dans une crise où on est rendu à presque 200 % de capacité d’occupation des lits de soins intensifs, ce n’est pas là que les équipes terrain pourront commencer à créer un processus. Il faut vraiment que ce soit fait d’avance. En même temps, le protocole, c’est quelque chose que l’on ne veut pas appliquer : on veut être prêts, mais on veut éviter autant que possible d’en arriver là. Voilà.
AB : Ce que je trouve important dans ce que Dr Thibert a dit, c’est que oui, on priorise ceux qui vont aller aux soins intensifs, mais on prévoit à assurer que tout le monde soit traité, différemment, mais on va traiter tout le monde.