Service des communications et du marketing (DRHCAJ)
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Il y a quelques semaines, Dr Gilbert Cornut, microbiologiste-infectiologue, succédait à Dre Stéphanie Langevin à titre de 1er officier de prévention et contrôle des infections au CCSMTL. À peine deux ans plus tôt, la plupart d’entre nous étions peu familiers avec la prévention et le contrôle des infections (PCI). La crise sanitaire que nous vivons a mis à l’avant plan ce volet névralgique de la lutte contre la pandémie et, par conséquent, mis en lumière le travail de l’équipe PCI, qui a été au cœur de cette lutte dans notre organisation, tous secteurs confondus.
Mélissa Léveillé, conseillère au Service des communications et du marketing (DRHCAJ) et collaboratrice au bulletin Le rendez-vous du CCSMTL, a rencontré Dr Cornut et lui a posé quelques questions, histoire de mieux nous faire connaître la PCI et cet homme débordant de dynamisme et d’humour, qui aborde son nouveau rôle en toute modestie, appuyé par une grande équipe.
ML | Quelle est l’importance de la prévention et du contrôle des infections dans un établissement comme le nôtre? Quel est le rôle du 1er officier PCI et celui de l’équipe PCI?
GC | Notre établissement n’est pas différent des autres en ce qui a trait à l’importance de la PCI. La PCI est un service conseil qui appuie les directions du CIUSSS afin de les guider dans l’application des meilleures pratiques en prévention des infections. Elle se fonde sur des données scientifiques pour recommander l’application de différentes mesures afin de prévenir les infections nosocomiales (acquises en milieux de soins), qui sont une cause importante de mortalité.
Pour ce qui est du rôle du 1er officier PCI, il doit exercer un leadership auprès de l’équipe, de ses pairs et de l’administration. Il travaille en cogestion avec la coordonnatrice de la PCI. Je le vois un peu comme un capitaine d’une équipe de hockey : il doit valoriser le concept d’équipe et prêcher par l’exemple.
Avec l’aide de l’équipe de microbiologistes-infectiologues, le 1er officier PCI apporte son expertise dans l’analyse des situations complexes. Il va au-delà des directives provinciales en suggérant des mesures innovantes et propres aux problématiques rencontrées.
Au quotidien, le 1er officier soutien l’équipe PCI dans la prise de décisions qui se situent en zone grise des directives reconnues du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il jongle aussi avec la réalité du terrain, comme la pénurie de personnel ou les contraintes physiques et administratives par exemple.
ML | Quelle est votre vision de la PCI en 4e vague, considérant la vaccination? Et pour la suite?
GC | Mes prédictions ont toutes été mauvaises jusqu’à maintenant, ou presque. Je me garderai donc une petite gêne d’en faire d’autres! Les experts annoncent une diminution progressive de la 4e vague qui, au Québec, fut la moins meurtrière grâce aux mesures de santé publique et une campagne de vaccination qui se sont avérées efficaces. Je dirais qu’on a surfé sur la 4e vague avec une plus grande force de PCI. C’est en effet la vague où il y a eu le moins de changements de directives, où l’équipe PCI était complète et aguerrie.
La PCI a pu sortir (un peu) la tête hors de l’eau et commencer à recentrer ses activités en prévision de la visite d’agrément prévue en avril 2022. On sort progressivement de la COVID-19 pour mieux investir nos énergies dans des champs d’activités délaissés ces derniers mois. Notre programme de PCI est en cours d’organisation et on s’efforcera de lui donner une structure, de systématiser nos façons de travailler, d’intervenir et de partager l’information dans le CIUSSS.
ML | Comment envisagez-vous l’avenir de la microbiologie-infectiologie?
GC | Voilà une question difficile que nous pourrions adresser au président de notre association. Le modèle québécois est différent du modèle adopté par le reste du Canada, où il y a une distinction franche entre les infectiologues et les microbiologistes.
On vit une grande transformation avec OPTILAB (projet de réorganisation des laboratoires de biologie médicale qui a débuté en septembre 2011), qui vise à accroître la qualité et à optimiser les ressources, mais qui mène par le fait même à la fermeture des plus petits laboratoires. C’est un peu ce qui distinguait le modèle québécois.
Autre élément, notre spécialité sera en grand déficit de médecins avec plusieurs départs à la retraite qui s’annoncent. On ne s’en inquiétait pas trop avant la pandémie, mais la COVID-19 nous a fait réaliser l’importance des microbiologistes-infectiologues pour répondre à une crise sanitaire.
On demeure une spécialité en constante évolution, qui s’adapte à de nouvelles maladies émergentes. Il y a évidemment la COVID, mais nous avions connu avant ça le Zika, le Chikungunya, l’Ebola, le Mycobacterium chimaera…
ML | Quel a été le plus gros défi de votre carrière jusqu’à maintenant?
GC | Définitivement la question la plus facile du lot! Mon plus grand défi fut sans conteste ma première pandémie, plus spécifiquement la 1re vague. Je suis débarqué au CCSMTL fin janvier 2020. Je connaissais quelques médecins avec qui j’avais étudié mais sans plus. Dre Stéphanie Langevin et moi avions convenu que je m’occuperais de la PCI à l’Hôpital Notre-Dame, sans savoir ce qui s’en venait…
Une semaine après mon arrivée, je constatais l’ampleur de la non-préparation de la PCI, chez-nous, comme ailleurs, et les cas qui s’accumulaient à travers le monde. J’ai rapidement convoqué une réunion d’urgence avec la PCI, la Direction des soins infirmiers, l’urgence, les soins intensifs, la radiologie, les laboratoires, les mesures d’urgence. J’étais nouveau dans l’organisation et je tentais au mieux de mobiliser les troupes autour de cette urgence sanitaire.
En quelques semaines seulement, j’ai été propulsé d’inconnu sans crédibilité à organisateur en chef de la COVID dans le CIUSSS. Les connaissances scientifiques sur le virus et la maladie étaient quasi inexistantes à ce moment et les questions fusaient de toutes parts. Je passais le plus clair de mes soirées à répondre à mes courriels.
Il y a eu l’adrénaline de la préparation, mais aussi le doute constant de ne pas y arriver, la peur de l’échec… de répéter le scénario catastrophe italien. Il y a aussi eu un certain isolement des collègues sur qui on pouvait parfois compter, mais qui étaient tous pris dans le même tourbillon. Et enfin, le regret de ce qu’on aurait dû faire différemment, notamment dans les CHSLD.
ML | Qu’est-ce qui vous fascine le plus en microbiologie-infectiologie? Qu’est-ce que M. et Mme Tout le monde auraient avantage à savoir de ce domaine?
GC | Je dirais que ça revient un peu à la raison pour laquelle j’ai choisi cette spécialité; nous sommes impliqués dans plusieurs secteurs : clinique, laboratoire, PCI, antibiogouvernance. Au laboratoire, on travaille en équipe avec des technologistes pour appuyer les cliniciens dans leur investigation avec le meilleur de nos connaissances et des ressources disponibles.
En clinique, on soutient d’autres médecins qui nous demandent en consultation parce qu’ils n’arrivent pas à trouver la source infectieuse qui afflige leur patient. J’aime le travail d’enquête qu’on doit faire, les questionnaires détaillés, voire intrusifs! Qu’avez-vous mangé? Où êtes-vous allé en voyage? Quel travail faites-vous? Avec qui avez-vous couché?
J’aime les connaissances qui sont en constante évolution, les associations inutiles du genre que la lèpre peut être transmise par le tatou (l’animal) et, surtout, le fait qu’on guérisse généralement nos patients.
ML | En terminant, auriez-vous un message pour la communauté du CCSMTL?
GC | Elle est bien embêtante cette question-là! Spontanément j’aimerais leur rappeler de changer leurs pneus d’hiver avant le 1er décembre! 🙂
Mais si on se recentre sur la PCI, je crois que le CCSMTL aurait intérêt à adopter une culture PCI. Que nous ayons le réflexe spontané d’avoir un regard PCI sur différents projets. Que nous voyions en la PCI une occasion de rehausser la qualité des soins au profit des usagers. Que nous réalisions les importants bénéfices que peuvent en retirer les soignants. Parce qu’implanter les meilleures pratiques allège ultimement la charge de travail en réduisant les précautions additionnelles, les jaquettes, les dépistages… On a tout intérêt à garder la PCI en tête de nos priorités et à le faire tous ensemble!