Diane LeBel, Service des communications et du marketing
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La vie est un manège! Entre les responsabilités familiales et le travail, nous effectuons une multitude de tâches (la fameuse charge mentale!) et nous devons composer avec les aléas du quotidien, sans compter les soucis que peuvent nous occasionner les petits (ou plus gros) problèmes de santé, le coût élevé de la vie et l’inflation. Il est normal que le stress et les préoccupations qui en découlent viennent parfois troubler notre sommeil.
Bien dormir, et en quantité adéquate, est important pour la santé globale. Le sommeil réparateur permet au corps de faire le plein d’énergie et agit de façon bénéfique sur la santé physique, mentale et cognitive. Le sommeil ne représente pas seulement une période pendant laquelle vous n’êtes pas éveillé. Nous savons que le corps passe par des stades de sommeil particuliers de façon cyclique tout au long de la nuit. Le cerveau demeure actif pendant le sommeil, mais chaque stade représente un niveau d’activité différent. Les différents stades de sommeil sont nécessaires pour vous aider à vous sentir reposé et plein d’énergie le lendemain. Ils améliorent aussi votre capacité à assimiler de nouvelles informations et sont donc bénéfiques pour votre mémoire.
Plusieurs activités essentielles qui se produisent pendant le sommeil servent à maintenir une bonne santé et permettent aux gens d’être au sommet de leur forme. En revanche, le fait de ne pas bénéficier d’une quantité adéquate de sommeil peut compromettre la santé physique, mentale et cognitive.
Dans la foulée de la Journée mondiale du sommeil, le vendredi 17 mars, nous avons voulu en savoir le plus possible sur le sommeil et sur son importance.
C’est pourquoi nous avons fait appel à un expert à ce sujet, le Dr Thien Thanh Dang-Vu, neurologue et consultant en troubles du sommeil à l’IUGM, chercheur au CRIUGM et professeur à l’université Concordia.
Notre spécialiste en la matière a eu la gentillesse de répondre à nos questions, histoire de séparer mythes et réalité lorsqu’il est question de sommeil, et nous donner également quelques trucs pour en tirer pleinement profit.
En termes simples, quels processus s’exercent dans notre cerveau lorsque nous dormons et pourquoi le sommeil est-il si essentiel?
Dr Thien Thanh Dang-Vu :
Les fonctions du sommeil font encore l’objet de recherches intenses. On sait que le sommeil est essentiel pour le maintien de notre santé physique, mentale et cognitive. Il existe au moins quatre catégories de processus qui expliquent ces effets bénéfiques du sommeil. D’abord, le sommeil semble favoriser une bonne santé du cerveau en facilitant l’élimination des déchets du métabolisme cérébral. Ainsi, le manque de sommeil est associé à l’accumulation de substances qui peuvent être nocives pour le cerveau, telles que les protéines beta-amyloïdes impliquées dans la maladie d’Alzheimer. Ensuite, des études montrent que le cerveau rejoue pendant le sommeil l’information apprise à l’éveil afin de consolider la mémoire et de favoriser un meilleur rapport à long terme des apprentissages. Nos hormones sont aussi étroitement modulées par le sommeil : un manque de sommeil peut perturber ces hormones et augmenter le risque de problèmes tels que le diabète. Enfin, notre système immunitaire est lui aussi influencé par le sommeil. On sait que le sommeil favorise une meilleure défense immunitaire contre les infections et une réponse plus efficace aux vaccins.
On parle souvent de sommeil profond et de sommeil léger. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet? Est-ce vrai que nous serons plus fatigués si nous sommes réveillés durant une phase de sommeil profond?
Dr Thien Thanh Dang-Vu :
Notre sommeil est divisé en cycles durant lesquels se succèdent des stades léger (stade 1), intermédiaire (stade 2) et profond (stade 3) de sommeil. Chaque cycle se termine par une période de sommeil paradoxal (stade REM) durant laquelle notre corps est presque complètement paralysé. Ces stades se caractérisent aussi par des sensibilités différentes aux bruits et autres perturbations de l’environnement. Il sera ainsi plus difficile de réveiller quelqu’un en stade 3 qu’en stade 1. Si le dormeur est réveillé en stade 3, il risque d’être plus fatigué que s’il est réveillé en sommeil léger, en raison d’un phénomène qu’on appelle l’inertie de sommeil. Il s’agit en quelque sorte d’un réveil partiel du cerveau, qui est davantage présent quand on se réveille à partir d’un stade plus profond de sommeil. Cependant, chez la plupart des individus, c’est un état assez bref si la personne a un sommeil qui été suffisant en qualité et en quantité.
Y a-t-il un nombre d’heures minimum de sommeil pour fonctionner normalement? Est-ce vrai que certaines personnes peuvent être en forme avec seulement quelques heures de sommeil?
Dr Thien Thanh Dang-Vu :
Le nombre d’heures de sommeil recommandé chez l’adulte est de 8 heures en moyenne, et de 7 à 8 heures chez la personne âgée. Il est important de retenir que c’est une moyenne, et que certaines personnes ne pourraient avoir besoin que de 6 heures et d’autres pourraient avoir besoin de 9 heures. Le besoin en sommeil varie en effet d’une personne à l’autre, car il dépend aussi de la composition du sommeil, notamment sa profondeur, qui varie aussi entre les personnes. Le nombre d’heures de sommeil optimal est celui qui nous permet de fonctionner adéquatement la journée tant au niveau physique qu’intellectuel, et sans avoir besoin de recourir à du café en abondance!
Y a-t-il un lien entre le sommeil réparateur et les rêves? Autrement dit, est-ce essentiel de rêver? Est-ce que toutes les personnes rêvent? Pourquoi certaines personnes se souviennent de leurs rêves de façon limpide et d’autres n’en ont aucun souvenir?
Dr Thien Thanh Dang-Vu :
Le rêve est par définition un phénomène subjectif, c’est-à-dire que seule la personne qui rêve est capable d’identifier et de détailler ce dernier. Il n’y a pas de mesure objective et directe du rêve. De plus, lors du sommeil paradoxal au cours duquel les rêves sont plus riches et complexes, les régions du cerveau qui sont nécessaires à un rappel conscient de l’information sont moins actives, ce qui favorise l’oubli du contenu de nos rêves. Il est donc normal de ne pas se souvenir clairement de ses rêves, et il est probable que ces processus d’oublis soient plus marqués chez certaines personnes que d’autres. Les fonctions des rêves ont fasciné l’humanité depuis des millénaires, et nous n’avons à l’heure actuelle pas de réponse claire. Selon certaines théories, les rêves pourraient nous aider à mieux nous préparer à affronter les situations vécues dans la vraie vie, et d’autres théories associent rêves et consolidation de certains types de mémoires, mais de nombreuses études sont encore nécessaires pour avancer sur cette question.
Quels sont les impacts d’un manque de sommeil ponctuel et ceux d’un manque de sommeil permanent? Peut-on récupérer le sommeil perdu?
Dr Thien Thanh Dang-Vu :
Tout d’abord on ne peut parler de manque de sommeil permanent, car le sommeil est un processus dynamique qui s’adapte et se régule en fonction des nuits précédentes et de notre activité de la journée. Un manque occasionnel de sommeil n’est généralement pas dommageable à long terme, et causera surtout des difficultés d’attention, de concentration et de mémorisation dans la journée qui suit, qui sont tout à fait réversibles. Un manque répété de sommeil peut accentuer ces problèmes cognitifs tout en augmentant notre risque de développer des problèmes de santé physique tels que diabète et maladies cardiovasculaires et en nous rendant plus vulnérables sur le plan psychologique. La bonne nouvelle c’est qu’on peut en effet récupérer, du moins en partie, les déficits entrainés par le manque de sommeil, en adoptant de meilleures habitudes de sommeil et en traitant les troubles du sommeil tels que l’insomnie ou les apnées du sommeil.
Existe-t-il de gestes à poser — ou des choses à éviter — pour bien dormir et maximiser le nombre d’heures de sommeil?
Dr Thien Thanh Dang-Vu :
Oui tout à fait, et dans bien des cas de simples modifications dans nos habitudes de vie pourraient suffire, sans avoir recours à des somnifères. Tout d’abord bien s’assurer évidemment de consacrer suffisamment de temps au sommeil pendant la nuit. Ensuite, favoriser les activités relaxantes et non le travail à proximité de l’heure du coucher. Il faut faire attention à notre exposition parfois excessive aux lumières de nos écrans en soirée, car la lumière active nos systèmes d’éveil. Adopter une bonne routine de sommeil avec des heures régulières de coucher et de lever, et un temps adéquat passé au lit, ni trop court, ni trop long est important. Adopter aussi un style de vie actif durant le jour en encourageant la pratique d’une activité physique régulière est bénéfique pour le sommeil. Et si votre sommeil fait défaut malgré de saines habitudes de vie, n’hésitez pas à en parler à un professionnel de santé afin de vous aider à trouver des solutions plus adaptées à votre situation. Enfin, si vous êtes intéressés à participer à la recherche, sachez que notre laboratoire évalue les effets de traitements de l’insomnie sans médicaments sur la santé du cerveau.
Nous sommes actuellement à la recherche de participants adultes jusque 65 ans souffrant d’insomnie, et nous commencerons bientôt le recrutement de personnes âgées de 65 ans et plus. Pour plus d’informations, vous pouvez nous contacter par courriel à insomnia.concordia@gmail.com ou par téléphone au 514-848-2424, poste 2284.
Bonne nuit à toutes et tous!
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