Direction régionale de santé publique
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La pandémie a aggravé l’isolement social de plusieurs personnes aînées. Manger en solo, avoir des difficultés à s’approvisionner en nourriture ou à préparer les repas peut diminuer la quantité d’aliments consommés par une personne aînée. Cette situation dite de « dénutrition » peut avoir des conséquences sur la santé, notamment une perte d’autonomie, un risque accru aux infections et un plus grand risque de chute.
En 2022, la Direction régionale de santé publique de Montréal a mené une étude auprès de personnes aînées isolées afin de dresser un portrait de leurs habitudes alimentaires et de mieux comprendre leurs risques de dénutrition. Elle a été réalisée en collaboration avec l’organisme communautaire Les Petits Frères.
Ève-Marie Richard, agente de planification, programmation et recherche et nutritionniste du secteur Environnements urbains et santé des populations, nous a parlé de ce passionnant projet.
Ève-Marie, tout d’abord, peux-tu nous expliquer ce qu’est la dénutrition des personnes aînées?
On parle de dénutrition lorsque l’alimentation est insuffisante en quantité et en qualité pour répondre aux besoins des personnes aînées.
Elle peut être due à plusieurs facteurs, dont l’isolement social, des difficultés financières qui mettent les personnes en insécurité alimentaire, des difficultés à préparer les repas ou à mastiquer et avaler les aliments, ou encore à un manque d’appétit.
La dénutrition se manifeste principalement par une perte de poids involontaire.
Peux-tu nous en dire plus sur cette étude et ses résultats?
Nous avons commencé à nous intéresser à cette thématique lors de la pandémie, lorsqu’on a constaté que le confinement aggravait l’isolement social de plusieurs personnes aînées.
On s’est inquiété.e.s de leur état nutritionnel, car la dénutrition et l’isolement social sont très liés. Dans ce contexte, on a développé un partenariat avec l’organisme Petits Frères.
Ensemble, nous avons lancé cette étude exploratoire auprès de 68 personnes aînées que l’organisme accompagne, pour mieux explorer leurs habitudes alimentaires et leurs risques de dénutrition.
Les résultats étaient frappants!
On a constaté que se nourrir est un défi quotidien pour les personnes aînées isolées.
- 25 % trouvent difficile de se procurer de la nourriture.
- 46 % trouvent difficile de préparer les repas.
- 37 % mangent seules tous les jours.
- Par conséquent, 41 % ont involontairement perdu du poids dans les 6 derniers mois.
Manger est un acte social. Il est donc primordial de briser l’isolement des personnes aînées pour favoriser la consommation alimentaire.
Pourquoi cette étude est-elle essentielle, pour les professionnel.le.s comme pour les personnes âgées et leurs proches?
La dénutrition a de graves conséquences.
Pour les personnes aînées, elle entraîne une grande fatigue une perte de force et d’énergie, une perte de masse musculaire aussi. Le risque de chute augmente, les personnes sont plus à risque d’infection, leur qualité de vie diminue. Cela peut aller jusqu’au décès.
Et pour le réseau de la santé, on parle d’augmentation du risque d’hospitalisation, de complications plus importantes, de l’allongement du séjour hospitalier…
La sensibilisation accrue de toutes les personnes en contact avec des personnes âgées — soignants et soignantes, intervenants et intervenantes, proches, etc. — peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie.
De petits gestes peuvent changer la donne pour les personnes isolées : les aider à préparer les repas, prendre en charge les étapes énergivores comme la découpe des légumes, faire l’épicerie, les amener au restaurant… tout cela peut aider les personnes âgées à bien manger.
On sait aussi que les personnes âgées mangent plus quand elles prennent leurs repas en groupe ou en famille. Prendre le temps de partager un repas est un geste tout simple qui peut faire une grande différence!
Je voulais pas que ce soit le premier parce qu’il y a des gestes plus simples et moins couteux à mettre de l’avant en premier.
Comment repérer la dénutrition chez les personnes aînées?
Plusieurs signes peuvent nous aider à repérer la dénutrition chez une personne aînée :
- Perte de poids involontaire : vêtements trop grands, joues creuses. Ce n’est pas normal qu’une personne aînée perde du poids.
- Changements dans l’alimentation : repas sautés, perte d’appétit, évitement de certains aliments.
- Difficulté à préparer les repas, à laver la vaisselle, et à se nourrir : par exemple, difficultés à manipuler les ustensiles, à mâcher ou à avaler les aliments.
- Accès difficile à la nourriture : réfrigérateur et garde-manger vide, difficultés à se déplacer, manque d’argent pour faire ses courses.
- État de santé général affecté ou changé : chutes répétées, plaintes majeures concernant leur santé, nombreux oublis.
Quelles sont les ressources à la disposition du personnel soignant et de la communauté?
L’organisme Les Petits Frères a produit 3 fiches pratiques sur la dénutrition :
- Comprendre la dénutrition
- Repérer la dénutrition
- Agir lorsqu’il y a un problème.
Le Feuillet — Habitudes alimentaires et risques de dénutrition chez les personnes aînées isolées : étude exploratoire, est aussi une référence utile, qui fait ressortir les principaux résultats de notre projet.
Des ressources pour vous aider
Fiches pratiques des Petits frères
Feuillet — Habitudes alimentaires et risques de dénutrition chez les personnes aînées isolées : étude exploratoire
Merci, Ève-Marie, d’avoir pris le temps de nous éclairer sur cet important sujet!
Autrice : La rédaction