Au revoir, Monsieur Couillard!

Au revoir, Monsieur Couillard!

29 novembre 2023
Temps de lecture : 18 minutes

Communauté CCSMTL
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Jacques Couillard, président-directeur général adjoint, partira à la retraite le vendredi 1er décembre.

Après une longue et belle carrière de dirigeant dans le réseau de la santé et des services sociaux, et un mandat de PDGA riche en expériences et réussites, il se prépare à une nouvelle vie… tout aussi remplie.

Pour souligner cette occasion, il a accepté de partager avec nous sa vision du réseau, de sa carrière et de l’avenir.

Monsieur Couillard, vous vous apprêtez à partir à la retraite après une longue et belle carrière. Comment résumeriez-vous cette grande période de votre vie?

J’ai commencé tout de suite en gestion. Je n’avais pas un profil de clinicien, c’était atypique, car dès le départ j’étais gestionnaire de personnel clinique. Ça me donnait l’avantage de ne pas avoir de parti pris pour une profession ou une autre. Ce qui m’intéressait beaucoup, c’était de comprendre comment fonctionnaient les différents processus cliniques et administratifs.

Je me mettais facilement à la place de l’usager, sans parti pris. C’était facile pour moi de savoir si ce que l’on faisait avant un avantage pour les usagers et usagères. Parce c’est la raison d’être de notre présence ici.

Quel que soit notre travail, que ce soit en informatique ou encore aux communications, par exemple, on est là d’abord pour nos clientèles et pour la population que l’on a à desservir.

Ce fut ma priorité très tôt, ça l’a toujours été.

Ce qui me frappe le plus, c’est la force qu’on peut avoir pour réaliser de grandes choses si on s’y met ensemble.

La complexité de notre réseau, de nos enjeux et de notre monde peut donner le vertige, mais ça devient possible quand on réussit à se rassembler.

J’ai assisté à ce genre de réussites en tant que membre de l’équipe et en tant que leader. Et je dois dire qu’à titre de leader, c’est probablement ce qui m’a donné le plus de satisfaction.

Ça peut sembler utopique, mais ce que j’ai vécu montre que c’est possible.

Ce qui me vient à l’esprit spontanément n’a rien de spectaculaire, mais c’est vraiment ce qui me rend fier.

C’est quand une personne me dit : « Tu sais, Jacques, avec toi j’ai réussi à prendre mon envol, à m’épanouir. Je sens que je peux faire la différence pour des gens. »

Là, j’ai le sentiment d’avoir réussi.

Hier, par exemple, j’ai rencontré un travailleur social qui venait d’accepter de nouvelles fonctions. Et il m’a expliqué qu’à son nouveau poste, il avait la possibilité de faire tellement de choses extraordinaires pour sa clientèle.

Ça, pour moi, ça veut dire qu’on a réussi à faire quelque chose d’important en tant qu’organisation : on permet aux gens de se sentir capables d’accomplir la mission qu’ils se sont donnée en rentrant dans le réseau.

Leur permettre de se réaliser, ça me rend très fier.

J’ai toujours été très soucieux d’être la bonne personne, au bon poste. Et de me sentir bien dans ce poste. J’ai aussi toujours eu le désir d’apprendre et d’apporter ma contribution. 

Quand je me sens débordé, je m’arrête et je reprends le contrôle. Je fais le ménage! Je me pose les bonnes questions. « Est-ce vraiment ce que je veux? »

Reprendre les choses de cette manière-là, c’est toujours reconsidérer l’équilibre vie-personnelle-travail, et c’est ce que je referais de la même manière.

J’ai vu beaucoup de gens ne pas être en mesure de respecter ce contrat-là avec eux-mêmes et elles-mêmes, pour toutes sortes de raisons. On travaille dans le secteur de la santé, on se doit d’être des modèles pour la population et pourtant on perd de vue cette priorité-là.

Comme gestionnaire, on a la possibilité de moduler nos horaires, il faut en profiter! On pourrait travailler sans jamais s’arrêter, mais il faut éviter de le faire. On doit respecter notre contrat avec nous-mêmes, et il faut le renégocier régulièrement.

Ce n’est pas facile à faire, surtout pour les femmes encore malheureusement, mais c’est important.

En tant que gestionnaire, je n’ai pas ces attentes envers les gens. Et j’encourage les personnes qui m’entourent à avoir cette réflexion.

Quand on est haut dirigeant, on a un impact sur la vie des gens, et aussi une grande responsabilité. On doit l’assumer cette responsabilité-là.

Ce qui me fascine, dans le travail de gestionnaire, c’est la manière dont je suis toujours en apprentissage. J’apprends encore et toujours sur moi-même, sur les relations avec les autres… C’est passionnant!

Je sortirais plus rapidement de ma zone de confort.

Aujourd’hui, avec l’expérience, je peux affirmer qu’il ne faut pas hésiter à en sortir rapidement. En début de carrière, on reste prudent, mais en restant prudent on apprend aussi moins vite.

Quand on sort de notre zone de confort, on fait des erreurs, c’est sûr. Mais ce n’est pas la fin du monde! C’est une occasion d’apprentissage.

Il faut gagner la confiance nécessaire pour être capable de dire « J’ai fait une erreur, je ferai différemment la prochaine fois. »

C’est important de s’entourer de personnes de confiance pour nous guider, nous aider, mais il faut oser!

Quand on ose, on communique notre confiance, et notre capacité à oser, à nos équipes. On les met en confiance, et elles hésitent moins.

Si je devais recommencer, je ferais ça plus rapidement!

Les défis sont de plus en plus complexes, on va devoir faire les choses différemment. Alors il faut oser faire d’autres choses. C’est une voie importante.

La pandémie. 

J’avais connu H1N1, quand j’étais directeur des services généraux et responsable de la première ligne en CSSS, et on avait envisagé tout ce que pouvait entraîner une pandémie mondiale, générale. Et je m’étais dit « Oh mon Dieu, j’espère que je ne vivrai jamais ça. » 

Et là… on a coché toutes les cases en 2020. J’étais en poste comme PDGA depuis peu, je remplaçais la PDG en son absence, et la pandémie est arrivée. 

Ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est la première vague. Je me demanderai toujours ce que j’aurais pu faire différemment, parce que tous les décès en CHSLD… ça a été dur. 

Ça a été dur, et pourtant on en a tellement fait. C’est incroyable, tout ce qui a été fait. 

Les équipes ont fait des choses absolument extraordinaires. Elles ont créé un hôpital ou presque sur un stationnement, les CHSLD ont tout transformé pour créer des zones COVID… Ça a été extrêmement exigeant. Là, par contre, j’ai travaillé 7 jours sur 7. Pendant 6 mois, non-stop. Pas le choix.  

C’était tough.  

J’appelais partout pour trouver du monde pour venir travailler dans nos CHSLD. Même ma conjointe, qui est infirmière retraitée, est allée travailler en CHSLD.  

Ça n’a pas été facile, mais on a gardé le cap! 

Et ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est de prendre la décision de demander à l’ensemble du personnel, à ceux et celles qui en avaient la capacité, d’aller travailler en CHSLD.  

La chose la plus difficile dans ma carrière, c’est de forcer les gens à faire ce qu’ils ne veulent pas. Comme le TSO, auprès de personnes qui ont des familles, des vies, des enfants. C’est horriblement difficile.  

Là, on n’arrivait plus à nourrir les résidents et résidentes, on n’avait pas le choix, il fallait envoyer les gens travailler. 

C’était terrible.  

Mais ça nous a beaucoup appris. Dès la préparation de la deuxième vague, on a demandé aux équipes ce qu’on pouvait faire pour que ce soit moins dur. Les gens comprenaient la situation, ça a beaucoup aidé. 

On a écouté les équipes, on a impliqué les comités d’usagers et usagères, les syndicats… et on a trouvé des solutions plus adaptées aux besoins des personnes. 

Dans une grande situation d’urgence, très difficile, on a dû se « revirer de bord » du jour au lendemain. On a fait des erreurs, on a tout tenté. Et dès la deuxième vague, on a réussi à faire des choses extraordinaires. 

C’était très difficile mais j’essayais de rester positif. Je me disais « On va se battre, il ne va pas gagner ». 

Et on l’a fait!  

*rires*

C’est sûr que j’ai le goût de me lever et de me demander ce que je vais faire!

J’ai juste envie de faire le ménage, de tout mettre à mon goût…

Et puis j’ai déjà un rendez-vous avec ma petite-fille Miya pour installer les décorations de Noël.

J’ai une ambition!

J’ai grandi dans une ferme, il y a beaucoup de travaux manuels à faire dans une ferme. Mes frères sont très manuels, mais moi j’étais le dernier des garçons et on ne me laissait pas trop de place pour bricoler.

Donc là, je prépare ma vengeance! Mes proches sont plutôt sceptiques, parce que je ne suis vraiment pas doué, mais j’ai décidé de développer mon côté manuel.

Je vais suivre un atelier, et je vais commencer par apprendre à calfeutrer des portes et fenêtres comme du monde! Ce sont des choses comme ça que j’ai le goût de faire.

Et puis je vais rester actif. J’ai accepté le poste de président-directeur général du Réseau Planetree francophone. Je vais travailler quelques jours par semaine, dans un organisme qui rejoint mes valeurs d’approche centrée sur la personne, et mon côté humaniste dans les soins. 

Je devrais commencer en mars 2024.

J’ai déjà un voyage prévu au Costa Rica! En fait c’est la 4e fois que j’y vais, mais cette fois je vais voyager avec mes sœurs et ma conjointe, dans des régions que je n’ai jamais visitées. C’est une belle occasion de voyager avec elles, d’aller dans la nature, d’observer les oiseaux…

Je vais planter des arbres! Je vais remplacer des frênes attaqués par l’agrile du frêne sur mon terrain. Je recherche des arbres susceptibles de favoriser une belle biodiversité. J’adore les oiseaux, et j’aimerais leur offrir un bon milieu de vie.

Je vais garder contact avec les gens ici, bien sûr, pour savoir comment ça va! 

Tu as vu les études sur les robots qui répondent au 811? *rires*

Non, sérieusement, l’homo sapiens est une espèce exceptionnelle. On s’adapte de manière impressionnante. Les défis vont être immenses, et ça va demander beaucoup d’adaptation.

Je pense que c’est possible.

Ça demande presque de se réinventer, c’est exigeant. Mais ici au Québec on a des valeurs fortes. Des valeurs partagées, auxquelles on tient, comme la solidarité, vont nous aider à prendre la bonne direction dans la suite des choses.

Si la population reste solidaire, envers les personnes les plus vulnérables, celles qui ont moins de chance… On va accepter qu’on répartisse la richesse pour pouvoir répondre aux besoins de tout le monde, pas seulement ceux et celles qui peuvent, qui ont les moyens.

À partir de là, tout se construit et toutes les difficultés sont surmontables.

La pénurie de main-d’œuvre nous oblige à innover. Par la force des choses, les technologies sont développées en priorité.

L’intelligence artificielle nous donne aussi beaucoup de potentiel. Bien sûr, il faut faire attention, certains enjeux nous dépassent. Mais il faut continuer à agir localement, tout en pensant globalement, pour aller plus loin.

Et puis on va avoir toute une gang de personnes retraitées, comme moi, qui peuvent encore contribuer! Les futures personnes âgées offrent un vrai potentiel au réseau.

Ça peut paraître idéaliste, mais avec un peu de volonté et de mobilisation, les gens vont embarquer!

Ce qui me vient, c’est l’amour des gens. Tu trouves pas ça trop gnangnan? *rires*

L’amour des gens, des valeurs humanistes, une vision optimiste de l’avenir… autant de qualités de leader qui vont beaucoup nous manquer.

Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous, Monsieur Couillard. Profitez de votre retraite bien méritée!

9 commentaires

  1. Bonne retraite M. Couillard!
    J’ai vraiment le souvenir d’un gestionnaire profondément humain, ce qui pour moi est la valeur la plus inspirante lorsqu’on travaille pour le bien-être et la qualité de vie des personnes (les employés et les patients). Je vous souhaite beaucoup de bonheur et de plaisir dans la réalisation de vos beaux projets de retraite!

  2. Merci pour tout M. Couillard, vous êtes un gestionnaire d’exception.
    Vos valeurs humanistes rejoignent les miennes et celles des infirmières en particulier.
    Et vous les viviez au quotidien, avec sincérité et authenticité.
    Bonne retraite bien méritée, la santé pour encore bien des années!

  3. Quelle personne inspirante! Bonne retraite M.Couillard. Que tous vos projets futurs soient à la hauteur de vos inspirations y compris les décorations de Noel accompagné de votre petite-fille! Bonne continuité!

  4. Ce fût un honneur de travailler avec vous, quel homme de cœur ! Rigoureux, humain, à l’écoute, vous allez me manquer. Merci pour tout et que la retraite soit douce !

  5. Je suis émue de voir qu’il part à la retraite. Lorsqu’il était à la tête du centre de réadaptation en dépendance de Montréal, il m’appelait par mon nom lorsque je le croisait dans le couloir (bien que je sois une simple employée). Il était profondément humain.

    Bonne retraite à lui, qu’elle soit à la hauteur de ses aspirations.

    Nadia, agente de gestion financière, jeu pathologique

  6. Je vous souhaite une retraite heureuse et vitalisante. Je garderai toujours un souvenir d’un gestionnaire humain, simple, ouvert et surtout, capable de saluer toutes les personnes qu’il rencontre avec sincérité et humanité. Quand vous veniez à l’institut de gériatrie, j’ai toujours apprécié votre bonjour à une bénévole et membre du comité des usagers.

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