Miroir, miroir, tu me fais la vie dure!

Miroir, miroir, tu me fais la vie dure!

11 mars 2024
Temps de lecture : 8 minutes

Communauté du CCSMTL
__

En ce mois de la nutrition, nous avons voulu en connaître un peu plus sur les troubles alimentaires.

Saviez-vous que, selon des études récentes (Comité fédéral permanent sur la condition féminine), environ 3 % des Canadiens et Canadiennes sont touché.e.s par un trouble alimentaire? Saviez-vous que les troubles de l’alimentation les plus fréquents sont l’anorexie nerveuse, qui touche de 1 % à 2 % de la population, et la boulimie, soupçonnée d’être environ trois fois plus élevée? Et 10 % des personnes concernées sont des hommes.

Quels sont les troubles alimentaires?

Il existe, essentiellement, trois principaux types de troubles de l’alimentation : l’anorexie nerveuse, la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Les signes d’un trouble de l’alimentation commencent souvent avant qu’une personne ait l’air malade. Par conséquent, le poids ne devrait jamais être le seul facteur à considérer.

L’anorexie nerveuse

Dans l’anorexie nerveuse, la personne recherche la minceur à tout prix de façon entêtée.  Elle développe une peur maladive de s’alimenter, parce qu’elle craint de prendre du poids ou de devenir obèse.   L’anorexie peut causer des troubles du cœur et du foie, un faible niveau de fer dans le sang, une perte de la masse osseuse, des troubles digestifs, un ralentissement du rythme cardiaque, de l’hypotension artérielle et des problèmes de fertilité chez les femmes. Tristement, jusqu’à 10 % des personnes qui font de l’anorexie meurent des suites de problèmes de santé ou de suicide.

Dans la boulimie nerveuse, la personne a des épisodes de consommation excessive de nourriture, accompagnés d’un sentiment terrifiant de perte de contrôle. Dans une séance, elle pourra consommer des milliers de calories. Par la suite, elle compense ses excès en se faisant vomir, en utilisant des laxatifs pour se débarrasser de la nourriture consommée, ou en faisant de l’exercice physique intense pour brûler les calories.  Il arrive aussi qu’elle se mette au jeûne. Les problèmes de santé causés par la boulimie comprennent les troubles du foie, la déshydratation et les troubles digestifs. Les vomissements endommagent souvent les dents, la bouche et la gorge.

L’hyperphagie alimentaire ou boulimique comporte des épisodes d’excès alimentaires, mais sans comportements compensatoires comme les vomissements, les laxatifs, l’exercice excessif, etc. Les personnes qui en sont atteintes peuvent avoir l’impression de ne pas contrôler la quantité de nourriture qu’elles consomment et ressentir de la détresse, du découragement et de la culpabilité après un épisode d’excès alimentaire ou de compulsion alimentaire. Bien des gens essaient de cacher leur compulsion alimentaire. L’hyperphagie peut accroître les risques de diabète de type 2, d’hypertension artérielle ou les préoccupations relatives au poids.

On retrouve d’autres troubles alimentaires (tous rattachés à des problèmes de santé mentale). Par exemple : l’orthorexie (comportement névrotique qui pousse une personne à se concentrer de manière obsessionnelle à une alimentation saine) ou encore la bigorexie (une dépendance à l’activité physique ou addiction à l’exercice résultant d’une pratique compulsive, excessive et incontrôlable pour atteindre un corps « parfait ». Le sujet s’oblige à perdre du poids en suivant un régime pour améliorer ses performances.)

Soyons clairs : Les troubles alimentaires, ce n’est pas une perte d’appétit, le simple fait d’être maigre ou encore une allergie alimentaire. Il s’agit de problèmes de santé mentale où les attitudes face à son corps, son poids et la nourriture sont perturbées. La personne atteinte considère que sa valeur en tant que personne est dictée par la forme de son corps et par son poids. Elle développe une réelle phobie de prendre du poids, engendrant ainsi des comportements malsains face à la nourriture, l’exercice et/ou la prise de laxatifs et diurétiques. Cette pensée devient tellement envahissante qu’elle rend le dessus sur le reste.

C’est notre façon de concevoir ces messages et de les appliquer dans notre vie qui peut influencer notre estime de soi et notre valeur. C’est ce qui explique pourquoi un trouble alimentaire est avant tout un trouble de santé mentale qui doit être traité par plusieurs professionnels et professionnelles de la santé. D’où la nécessité de consulter un psychiatre car lui seul peut diagnostiquer le trouble alimentaire.

Entrevue avec une spécialiste

Nous avons consulté Isabelle Mastellone, nutritionniste clinicienne – coordonnatrice de la nutrition clinique, Service de réadaptation en santé physique et nutrition clinique à l’Hôpital Notre-Dame et avons échangé avec elle afin de connaître les services offerts par les nutritionnistes du CIUSSS sur le sujet des troubles alimentaires. D’entrée de jeu, elle nous mentionne que malheureusement le CCSMTL ne compte pas de service d’expertise comme tel pour prendre en charge et traiter les troubles de l’alimentation. Par contre, à l’Hôpital Notre-Dame, les nutritionnistes peuvent intervenir auprès de cette clientèle pour la prise en charge du syndrome de réalimentation, un désordre électrolytique aux conséquences pouvant être potentiellement graves, et survenant lors de la réintroduction d’apports caloriques après une période prolongée de jeûne ou d’apports très faibles. Dans le cadre de leur intervention, les nutritionnistes peuvent aussi recommander à l’équipe médicale un suivi dans un centre spécialisé chez un patient déjà connu avec un trouble alimentaire, ou encore une évaluation en psychiatrie si une possibilité de trouble alimentaire est soupçonnée.

Les troubles de l’alimentation peuvent toucher n’importe qui, mais certaines personnes peuvent courir un risque plus élevé d’en souffrir. Celles dont l’estime de soi est faible, qui n’aiment pas leur image corporelle, qui sont perfectionnistes, qui ont de la difficulté à gérer le stress ou qui présentent un besoin excessif de contrôle peuvent être plus susceptibles d’être atteintes. L’absence de soutiens sociaux positifs et d’autres liens importants peut également jouer un grand rôle. L’absence de soutiens sociaux positifs ou d’autres liens importants peut également jouer un grand rôle. Nos croyances à l’égard de l’image corporelle sont également importantes. Les médias et les réseaux sociaux présentent souvent la minceur comme le type de corps idéal : nous sommes inondés d’images de « perfection » du corps. Aussi, les phénomènes de grossophobie et désinformation par rapport au « poids idéal » existent bel et bien dans la société et le corps médical (l’indice de masse corporelle ou IMC n’a pas de fondement scientifique). Une personne en surpoids peut être en excellente santé). Or, ces croyances ne suffisent pas à provoquer un trouble de l’alimentation. Mais pour une personne qui les éprouvent, demander de l’aide n’est pas toujours un pas facile à franchir. Bon nombre des personnes qui sont atteintes d’un trouble de l’alimentation ont peur de suivre un traitement, parce qu’elles pensent qu’elles prendront du poids. Comme plusieurs peuvent également ressentir beaucoup de honte ou de culpabilité, l’idée de parler d’expériences très personnelles peut sembler insurmontable. Certaines trouvent du réconfort dans leurs comportements alimentaires et craignent de trouver de nouveaux moyens pour s’adapter. La restriction de l’apport alimentaire, la compulsion alimentaire et les purges peuvent entraîner de graves problèmes de santé, mais on peut les traiter et s’en rétablir. Certaines personnes pourraient devoir être hospitalisées pour traiter leurs problèmes de santé physique.  Le counseling aide les personnes à résoudre leurs problèmes et à acquérir des compétences pour gérer leurs problèmes à l’avenir. Il existe différents types de counseling/de thérapie.

Traitement?

Les troubles alimentaires sont habituellement traités par diverses formes de psychothérapies incluant la thérapie individuelle, de groupe, ou familiale.  Les buts de la thérapie sont d’amener l’individu à se valoriser autrement que par la forme de son corps, à s’alimenter et à faire de l’exercice de façon saine, de cesser la consommation excessive de nourriture, de cesser de se faire vomir et d’utiliser des laxatifs ou diurétiques.  L’intervention d’une nutritionniste est fort utile.

À cause des risques pour la santé physique, une surveillance médicale est nécessaire.  Il existe des programmes de jour où l’on surveille étroitement les indices de santé physique et où on réapprend à manger. Parfois, lorsque l’état de santé est précaire, le traitement nécessitera même une hospitalisation. Or, avec le traitement, la guérison complète est possible. Pour éviter de sombrer dans les troubles alimentaires, la clé est de nourrir son estime de soi et de qui on est, de nos valeurs, de ce qu’on accomplit, de la richesse de nos relations plutôt que de notre apparence physique. De maintenir une alimentation variée et nous rappeler qu’il n’y a pas de « bons aliments » ou de « mauvais aliments ».  Tout peut être consommé en modération. Il faut éviter d’utiliser des laxatifs ou des diurétiques.  De toute façon, ceux-ci ne fonctionnent pas pour perdre du poids et peuvent être dommageables pour la santé. Enfin, manger en pleine conscience, c’est-à-dire, en portant attention à ce qu’on mange, en prenant le temps de bien mâcher et bien gouter.

Pour aller plus loin

 

Nos sources

  • Association des médecins psychiatres du Québec
  • Anorexie et boulimie Québec (ANEB)
  • Statistique Canada
  • Hôpital de Montréal pour enfants (CUSM)

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sélection de la rédaction

Test de Patrick
Une Fierté plus d’actualité que jamais
Une limonade avec Victor Roberge
Des nouvelles d’Aissatou Ndoye
Le GMF-U de Verdun célèbre 50 ans d’histoire
Mon été au boulot : Et si on allait jouer dehors?
Ensemble, faisons vibrer la Fierté!
Une limonade avec Marie-Claire Goulet
La démarche innovante des autovisites qualité en CHSLD
Protégez vos appareils mobiles