Voyage exploratoire outre-mer : à la découverte des meilleures pratiques pour l’avenir des soins à domicile !

Voyage exploratoire outre-mer : à la découverte des meilleures pratiques pour l’avenir des soins à domicile !

15 juillet 2024
Temps de lecture : 7 minutes

Direction du Soutien à l’autonomie des personnes âgées  

Pôle de l’innovation et du numérique

Dans la cadre d’une vaste réflexion portant sur le soutien à domicile de demain, une délégation du CCSMTL composée de membres du Pôle de l’innovation (Natalia Tourbina, Sylvain Duchesne) ainsi que de directeurs et de coordonnateurs de l’établissement (Isabelle Matte, Luc Méthot, Nicolas Rioux, Marie-Hélène Dufour, Matthieu Mourou, Caroline Grenier) ont pris la route des pays du Nord de l’Europe dans le but de découvrir et d’explorer les meilleures pratiques cliniques, de gestion et les projets innovants en matière de soutien à domicile. Les principaux objectifs de ce voyage exploratoire étaient d’examiner les façons de faire qui ont fait leurs preuves à l’international, particulièrement dans des pays reconnus pour leurs systèmes avancés de soutien à domicile, tels que le Danemark et les Pays-Bas. Ces pays sont exemplaires sur le plan de la qualité et de la quantité des soins offerts, de même qu’au chapitre de l’efficacité budgétaire. 

Comme on le sait – et dans le cadre de l’implantation de la mise en oeuvre de Santé Québec -, le gouvernement du Québec a comme priorité de réorganiser les soins de santé. Ce vaste objectif se traduit notamment par la volonté de mettre de l’avant un virage majeur vers les soins à domicile. Son but : permettre aux personnes âgées de vivre en toute sécurité à domicile le plus longtemps possible.  

Dans cette optique, les principaux objectifs de ce voyage exploratoire étaient :  

  • d’étudier l’utilisation des technologies à domicile préconisées dans ces pays afin d’améliorer l’accès et la qualité des soins et services à domicile; 
  • d’identifier des solutions pour faire face au vieillissement de la population québécoise dans un contexte de pénurie de personnel; 
  • d’établir des partenariats durables avec des organisations ciblées.

Pour en savoir davantage au sujet de cette initiative, nous avons rencontré Matthieu Mouroux, responsable du Programme de Soutien à Domicile pour la Direction SAPA, Secteur Saint-Louis-du-Parc.  

Quels sont les défis majeurs en lien avec le soutien à domicile pour les prochaines années ?

Plusieurs défis majeurs sont à venir dans ce secteur.  De façon plus précise, nous assistons à une augmentation constante de la population âgée et vulnérable nécessitant des services à domicile. Cette tendance exerce une pression croissante sur nos ressources. 

En effet, la population âgée et vulnérable de notre territoire est en augmentation, ce qui nécessite un élargissement des services d’aide à domicile. Cette dynamique exige une révision continuelle de nos capacités et de nos approches afin de répondre efficacement aux besoins croissants. De plus, le recrutement reste un défi constant. Il est crucial de repenser nos stratégies et nos outils de travail pour attirer et retenir du personnel qualifié. Le renouvellement de notre approche en matière de ressources humaines est impératif pour assurer la continuité et la qualité des services. Aussi, l’adoption de technologies innovantes est une occasion clé pour améliorer notre efficacité et redonner de l’indépendance fonctionnelle à nos clients à domicile. Les solutions numériques peuvent transformer nos pratiques en permettant une gestion plus efficace des soins et une meilleure coordination entre les équipes. 

Pourquoi se rendre dans les pays nordiques pour étudier leur façon de faire ?

Ces pays sont reconnus pour leur approche novatrice et performante en matière de soutien à domicile. Nous souhaitions explorer et expérimenter de nouvelles pratiques que nous pourrions adapter à notre contexte local. Il est essentiel de regarder au-delà de nos frontières pour apprendre et adopter des pratiques innovantes. Souvent, nous nous enfermons dans des habitudes sans revoir nos pratiques. En visitant d’autres pays, nous avons découvert des cultures différentes et des approches nouvelles qui remettent en question nos préjugés et nos méthodes traditionnelles. Cette ouverture nous pousse à évoluer et à améliorer continuellement nos services. 

Donnez-nous des exemples inspirants que vous avez découvert durant votre voyage.

Un aspect particulièrement marquant de notre voyage au Danemark est leur concept de « patient citoyen ». Contrairement à nos termes habituels comme « patient partenaire » ou « usager », le Danemark envisage le patient comme un citoyen actif de sa propre santé. Cela met l’accent sur l’autodétermination, la responsabilité et la prise en charge personnelle de la santé. Cette approche symbolique est puissante et souligne l’importance de responsabiliser les individus dans leur parcours de soins. 

Au Danemark, le soutien à domicile est envisagé comme un service de dernier recours. L’objectif est d’utiliser intensivement les ressources pendant une période déterminée (par exemple, 12 semaines) pour que le citoyen retrouve son autonomie et n’ait plus besoin de soutien à domicile à long terme. Cette approche contraste avec la perspective québécoise où le soutien à domicile est souvent perçu comme une solution permanente. 

Aux Pays-Bas, certaines zones géographiques mettent en place des équipes d’infirmières responsables de petits secteurs territoriaux. Ces équipes d’infirmières établissent des relations étroites avec les patients et leurs communautés, créant ainsi un réseau de soutien local. Cette méthode favorise l’autonomie des patients et réduit la dépendance aux services de soutien à domicile. 

Apprentissage par les pairs

Une autre leçon tirée des pratiques danoises et néerlandaises est l’implication des citoyens dans le soutien à leurs pairs. Nous avons été particulièrement impressionnés par les initiatives où les résidents eux-mêmes deviennent des ambassadeurs des nouvelles technologies. En démontrant à leurs congénères l’utilité d’équipements allant des barres d’appui aux dispositifs connectés, ces pairs renforcent l’acceptation et l’utilisation des technologies, un modèle que nous souhaitons voir adopté plus largement. 

Importance des relations intergénérationnelles

Les pays nordiques démontrent une ouverture physique et symbolique de la santé à la communauté. La santé, la citoyenneté et les relations intergénérationnelles sont profondément entremêlées dans ces sociétés. Les technologies de soutien, telles que les dispositifs pour rompre l’isolement ou assurer la sécurité des médications, sont accessibles non seulement dans les hôpitaux ou les centres spécialisés, mais aussi dans le quotidien des gens grâce aux maisons connectées. Cette accessibilité publique des technologies permet aux citoyens de se familiariser avec ces outils bien avant d’en avoir besoin, facilitant de cette façon leur adoption future. 

Nous sommes convaincus que les intervenants sur le terrain ont une conscience aiguë de leur rôle et de l’impact de leurs actions Les soignants n’ont pas besoin d’attendre des directives ministérielles pour innover et améliorer les soins. En responsabilisant les citoyens et en leur donnant les moyens de prendre en main leur santé, on peut atténuer les effets de la pénurie de personnel et créer un système plus durable. 

Synergie des différents milieux

Au Danemark, les étudiants en réadaptation jouent un rôle clé dans la promotion de la santé et la prévention des risques à domicile. Nous aimerions adopter une stratégie similaire, utilisant les ressources disponibles dans les universités pour éduquer la population sur des sujets tels que la gestion des risques de chute, la gestion du diabète et de l’hypertension, et ce, de manière autonome. Cette approche permet non seulement d’améliorer la santé publique, mais aussi de former les futurs professionnels de manière pratique et concrète. 

Comment imaginez-vous le soutien à domicile du futur ?

En se projetant dans l’avenir, Monsieur Mourou imagine un soutien à domicile où les professionnels sont conscients de leurs responsabilités et de leur imputabilité.  Il est déjà très fier de ces équipes et sait à quel point ces dernières sont dévouées pour leur patient. Il envisage un soutien à domicile du futur, intégrant les technologies et le numérique pour améliorer l’efficacité des services. Surtout, il rêve d’un système qui redonne aux patients le pouvoir de se prendre en charge eux-mêmes, réduisant ainsi leur dépendance aux services externes. Cette approche vise à équilibrer l’utilisation des technologies et l’importance des soins humains directs, tout en promouvant l’autonomie des citoyens. Cette approche pourrait aussi réduire la pression sur le recrutement. En effet, en changeant notre approche et en responsabilisant davantage les citoyens, cette pénurie pourrait devenir moins problématique. En redonnant aux patients le pouvoir de prendre soin d’eux-mêmes, on peut réduire la demande constante de services externes. Cette autonomie accrue pourrait alléger la pression sur les ressources humaines disponibles. 

Explorer des systèmes de santé instaurés dans des pays étrangers nous permet d’adopter des perspectives nouvelles et de mettre en œuvre des pratiques innovantes dans notre propre contexte. Les défis auxquels nous faisons face nécessitent des solutions créatives et une ouverture aux opportunités technologiques. En apprenant des meilleures pratiques internationales, nous pouvons améliorer l’efficacité de nos services de soutien à domicile, tout en renforçant l’indépendance et la qualité de vie de nos clients. L’innovation et l’adaptation continue sont essentielles pour répondre aux besoins d’une population vieillissante et garantir un soutien à domicile de haute qualité

Un immense merci à la Fondation Santé urbaine qui a financé ce voyage. Sans son soutien, cette initiative n’aurait pas vu le jour. 

2 commentaires

  1. Bonjour
    Dans notre ciusss il y a aussi de beaux projets innovateurs sur les systemes de télésurveillance / implantation de la technologie (recherche de Nathalie Blier, ergothérapeute) pour le sad. Meme chose au ciusss de l’estrie, plusieurs beaux projets pour faciliter le vieillissement (département ergo de l’université de sherbrooke; ou centre de recherche sur le veillissement du CIusss estrie/ mélanie levasseur ; ou encore le projet remodeler sa vie (guide prévention du déconditionnement). Je vous invite aussi a les consulter et a vous en inspirer. L’OEQ a aussi produits plusieurs publications a cet égard, dont les huit conditions pour une dispensation optimale de services aux aines, en temps opportun et en continuité’ . Tous les outils sont aussi ici.

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